Édition N°1 - février : de la blancheur des sommets aux secrets de 1949
- 4 févr.
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 6 mai

Chers déliés,
Ce mois-ci, j’ai beaucoup pensé à cette phrase : ce qui nous traverse finit toujours par nous écrire.
Alors aujourd’hui, je me livre un peu. Pas pour raconter une réussite ou un échec, mais pour partager ce qui se passe entre les deux. Là où la vie, l’écriture et l’attente cohabitent. Et parfois même, là où refleurissent certaines roses…
Le calme de l'hiver s'est bien installé. Ce mois-ci, mon cœur a oscillé entre l'adrénaline des interviews et le silence apaisant de la neige. J'avais envie de partager avec vous ces quelques fragments de vie, comme on glisse un marque-page entre deux chapitres.
La parenthèse blanche

Chaque semaine, j’ai l’immense chance de quitter Lyon et de m'échapper vers la montagne savoyarde. Il y a quelque chose dans la blancheur absolue des sommets qui agit sur moi comme un baume. La neige qui absorbe le bruit du monde. C'est mon sanctuaire. C’est d’ailleurs là-bas que j’ai eu ma révélation, celle d’écrire “pour de vrai”. Entre les moments de pur cocooning avec mon conjoint, mon fils et les courses folles de notre chien, Rio, dans la poudreuse, je retrouve l'essentiel. C'est dans ce bonheur simple, entourée de ma famille, que je puise la force d'imaginer des débuts. Et parfois des suites.
L'ombre et la lumière
Le mois dernier a été surréaliste. J'ai eu la chance d'être interviewée par une radio et deux médias presse. À chaque fois, avant que le micro ne s'allume, j'ai ressenti ce petit vertige : "Est-ce que j’ai vraiment quelque chose à dire ?". C’est intimidant de se livrer, de parler de soi, de ce que l’on a au fond des tripes qui nous inspire, qui nous fait caresser du papier… Et puis je parle. De l’écriture comme d’une évidence. Des romans comme d’un endroit où je respire mieux, puisque j’y crée de toutes pièces ma réalité. Et à chaque interview, je ressors à la fois fière et vulnérable. Un peu nue, aussi. Plus incroyable encore : mon manuscrit Demain, j'apprends à danser a été sélectionné dans le Top 10 des romans de l'été 2026 (par City éditions, Cosmopolitan, les éditions J’ai lu) ! Il y a quelque chose de presque absurde, et profondément émouvant, à voir un manuscrit exister, être reconnu, alors qu’il attend encore sa maison d’édition. Il dort dans les boîtes mail des maisons d'édition depuis… cinq mois ! L'attente est longue, parfois ponctuée de doutes, mais cette sélection est une petite bougie allumée dans le brouillard. Finalement, en dépit de mes doutes, ce texte avance. Il vit sa vie. Il me rappelle que parfois, les histoires savent où elles vont avant nous. Alors j’attends. Je me dis que ce texte a une âme, d'autant que le jury m'a confié : “On a passé un moment merveilleux lors de la lecture, avec cette bande de personnages complètement décalés”.
Pour tout vous dire, j’adorerais rencontrer « en vrai » les personnages de Sévane, Pesto, Anouk ou Salomé. Saviez-vous que Salomé est un peu la vôtre ? Ce personnage est né ici, grâce à une publication participative sur Instagram. J'ai imaginé ces personnages aux antipodes de mon quotidien, creusant leur substance pour les rendre aussi réels qu'attachants. Ils possèdent cette liberté rare d’être eux-mêmes : de la sagesse déjantée d’Anouk (ma septuagénaire préférée) à la bienveillance bourrue de Pesto, notre chef en burn-out. Salomé, l'étudiante révoltée, qui semble avoir signé un pacte avec la colère. Et Sévane... notre personnage principal. Elle arrive malgré elle dans cette colocation où elle pense qu'ils sont tous absurdes, avant de se rendre compte que la vraie absurdité est peut-être ce à quoi elle s'est conformée malgré elle. Ils me font un bien fou parce qu'ils osent tout, même leur rage ou leur vulnérabilité. Ils sont si vivants à mes yeux que j'en oublie presque que c'est moi qui les ai inventés. J'ai tellement hâte que vous puissiez, vous aussi, faire leur connaissance au fil des pages.

Vivre à contre-saison
L’année 2025 s’est terminée sur un petit nuage : j’ai remporté le Grand Prix de la Romance d’Automne pour ma nouvelle Un automne à Valdoré.
Hier, une étape majeure a été franchie : j'ai signé le contrat d'édition ! C’est seulement mon deuxième contrat, et je vous assure que la sensation est toujours aussi incroyable. Cette histoire paraîtra donc cette année aux éditions Aura Nox, au sein d'un magnifique recueil d’automne.
Je travaille désormais avec mon éditrice sur les dernières corrections. Avec ce soleil qui revient et ses effluves de printemps, il faut se réimmerger dans l’esprit automnal... ce n’est pas toujours évident ! J'ai tellement hâte de vous emmener dans les coulisses de cette nouvelle aventure ! Je vous tiendrai informés de chaque étape ici et j'entrerai bientôt plus en détail dans l'intrigue.
Petit spoiler : le jury a confié : « On a su dès qu’on l’a lu que ce manuscrit serait le gagnant. Qu’est-ce qu’on a ri ! » Ces mots ont été pour moi une seconde victoire.

Le retour vers le "Projet 1949"

Février marque aussi un grand tournant. J'ai décidé de rouvrir un dossier que j'avais fermé il y a un an : son nom de code pour ceux qui me suivent sur Instagram "Projet 1949". C’est sans doute l'un des projets les plus puissants que j'ai jamais portés. Je l'avais écrit à 70%, puis la vie, avec un grave problème personnel, m’a stoppée net. Reprendre un texte après un an de silence est un défi immense, peut-être plus grand encore que de commencer une page blanche. Je l’ai même fait lire à mes parents, afin qu’ils me donnent leur avis, si cela vaut le coup de continuer… M’entendre dire “bof” m’aurait permis de l’abandonner sans culpabilité je dois dire. Mais je sais que ce roman porte en lui une profondeur incroyable. C’est aussi sûrement pour ça, que je ne me sentais plus “à la hauteur” ces derniers mois. Comme je vais le reprendre, vous imaginez bien quelle a été la réaction de mes parents !
Il faut se ré-immerger dans l'univers, retrouver la voix des personnages et traquer le moindre détail pour que l'histoire reste cohérente. Si mon héroïne feuillette son livre en buvant un café, il ne faudrait pas que ce café se transforme en thé trois paragraphes plus loin ! C’est un travail d’orfèvre, d’autant que l’intrigue de cette romance est d’une complexité rare pour moi. Mais je me sens prête. Je sens que mes deux amants transis m’attendent pour poursuivre ce fol amour incandescent. Alors je vais relire. Me souvenir. Ressentir à nouveau. Et faire confiance aux mots pour se délier, un par un.
Voilà, c'est la fin de cette première édition. Je suis curieuse de connaître vos avis. Vous aimez ce format ? Dites-le moi en commentaire ! Si vous avez des idées de sujets que vous aimeriez que j'aborde, n'hésitez pas non plus !
Et comme dirait un chanteur de country en fin de concert (ou un ex un peu encombrant), "On ne va pas se quitter comme ça".
Je vous glisse donc juste en dessous un extrait de Demain, j’apprends à danser.
Je vous embrasse, entre deux pages,
Ode Hélie
« Et puis, j’abandonne.
J’abandonne la façade. Les excuses polies qu’on enfile comme un gilet pare-balles social pour ne pas déranger. J’abandonne la version pomponnée de moi-même. Celle qui sourit quand elle a envie de hurler. J’abandonne les sourires figés à la machine à café. Les “ça va, merci” lancés alors que mes os se tordent sous l’obligation de paraître parfaite.[...] J’abandonne l’idée que je dois être à la hauteur d’un script que je n’ai jamais validé. Qu’on avait écrit avant même que je naisse. Les costumes qu’on m’a cousus à la naissance sans me demander la taille. J'abandonne le regard des autres. Surtout celui que j’imagine. Celui-là, le pire. Il me juge sans même exister.
[...] J’abandonne les injonctions à être polie, douce, fonctionnelle, logique. Sensible, mais pas fragile. Solide, mais pas rigide. Convaincue, mais surtout pas clivante. [...]
Je laisse tomber les bras. Les armes. Les larmes. La honte de ne pas savoir, de ne pas avoir. D’en avoir trop dit ou pas assez. La croyance toxique que si je me fais toute petite, toute lisse, quelqu’un finira peut-être par m’aimer mieux.
Je hurle pour qu’on entende l’écho de mes silences, la tempête dans mes tripes, la brûlure de m’être oubliée.
J’abandonne… Je m'abandonne. »
Extrait de mon roman Demain, j'apprends à danser
Mon petit baume du mois : le craquement de la neige sous mes pas et le chocolat chaud juste après.


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