top of page

Trois semaines, zéro ligne… et pourtant

3 sept.
6 min de lecture

Chers déliés,

Avant de partir en vacances, je me l’étais promis.

Et attention, pas la petite promesse molle qu’on formule en sachant pertinemment qu’elle mourra quelque part entre une glace à l’italienne et une sieste à 15 h 30.

Non. C’était non négociable. Cet été, j’allais avancer sur mon fameux roman « Projet 1949 », mes amants maudits. Beaucoup. Peut-être même le terminer. J’avais trois semaines devant moi, du temps, des paysages inspirants, une détermination admirable et probablement une vision assez fantasmée de moi-même écrivant au petit matin face à l’océan, peau dorée, cheveux salés au vent et frappuccino à portée de main.

Trois semaines plus tard (ressenti : deux jours), je suis rentrée. Et mon ordinateur ? Resté hermétiquement clos. Enfin… presque. Je l’ai ouvert une fois pour réserver un billet d’avion pour Porto-Vecchio. Techniquement, il a donc travaillé. Moi, beaucoup moins. Et vous savez quoi ? Je ne le regrette même pas.


Ne rien écrire… mais continuer d’inventer

Parce que j’ai découvert quelque chose d’assez rassurant : les histoires, elles, ne prennent pas vraiment de vacances. Même loin de mon clavier, le Projet 1949 est resté quelque part en filigrane dans ma tête. Des scènes sont apparues sans prévenir. Des détails se sont précisés. L’issue de l’intrigue s’est affinée. Une idée en a entraîné une autre. Certains personnages sont venus frapper à la porte alors que, très franchement, je leur avais accordé trois semaines de congés payés.

J’ai heureusement pensé à noter quelques fulgurances dans mon téléphone, parce que je connais suffisamment mon cerveau pour savoir que la phrase « c’est génial, impossible que j’oublie ça » est généralement suivie, douze heures plus tard, de : « C’était quoi déjà ? »

Alors je rentre sans les dizaines de pages que j’avais imaginées. Mais avec quelque chose d’assez délicieux : l’envie de m’y remettre. Des idées partout. Des personnages qui recommencent à parler. Et, avec eux, l’immense vertige de septembre :

Mais par où je commence ?


Le problème quand on aime écrire, c’est qu’on veut tout écrire

Si je veux être complètement honnête avec vous, il faut que je vous avoue que, depuis un an, mon cerveau ressemble assez peu à un bureau d’écrivain organisé et davantage à une gare un jour de grands départs. Il y a du monde partout. J’ai avancé plusieurs projets très différents : un projet de Noël, un livre plus « doudou », un ouvrage pour enfants, une nouvelle romance de Noël qui a décidé de s’installer dans ma tête alors que, manifestement, personne ne lui avait réservé de chambre. Sans compter un autre manuscrit que j’ai entièrement repris, corrigé et retravaillé ces derniers mois :

Demain, j’apprends à danser.

Et là, je crois que j’arrive à cette phase très particulière de la vie d’une autrice où l’on ne manque plus d’idées. On manque de clones. Deux ou trois Ode Hélie supplémentaires ne seraient pas du luxe, à condition qu’elles acceptent de travailler bénévolement et de boire du thé au jasmin sans puiser dans mes réserves. 


Et si je ne faisais que ça ?

Au milieu de ce joyeux embouteillage littéraire, une pensée m’est venue en rentrant de vacances.

Très simplement, je me suis demandé :

« Et si mon seul travail était d’écrire ? »

Et la réponse a été immédiate. Je crois que je serais au comble du bonheur. Attention, ceci n’est absolument pas le passage dramatique où je vous annonce que je hais mon autre métier, mes collègues, mes clients et le concept même de lundi matin. 

C’est même plutôt l’inverse. J’aime mon travail. Et je suis actuellement dans une période professionnelle particulièrement agréable, entourée de clients respectueux, ce qui, lorsque l’on travaille dans la prestation de services, mérite presque d’être encadré et accroché au mur.

Mais ce n’est pas le même endroit de moi qui travaille. Écrire est plus personnel. Plus intime. Plus viscéral.

Quand j’imagine une histoire, quand une scène fonctionne enfin, quand un personnage dit exactement ce que j’espérais qu’il dise sans que je sache moi-même, cinq minutes auparavant, qu’il allait le dire… il se passe quelque chose que j’ai beaucoup de mal à retrouver ailleurs.

Et mes vacances m’ont peut-être apporté cela. Je voulais qu’elles me donnent du temps pour écrire. Elles m’ont surtout rappelé à quel point j’en avais envie.

On entend parfois cette petite phrase, lancée avec plus ou moins de bienveillance :« Oui, mais tu ne vas pas en vivre. »

Peut-être. Enfin… si, justement.

Pas encore au sens comptable du terme. Mes romans ne paient pas encore mes courses ni mes factures.

Mais à force de mesurer une vie uniquement à ce qu’elle rapporte, on oublie parfois de regarder ce qu’elle nous apporte. 

Mes livres me font vivre autrement. Ils nourrissent quelque chose en moi. Mon enthousiasme. Mon imaginaire. Mon bonheur. Écrire, c’est fabriquer ma propre réalité, choisir les lieux dans lesquels j’ai envie de passer mes journées, inventer les gens que j’ai envie de rencontrer, décider de ce que mes histoires vont réparer, consoler ou faire rire.

Alors non, je ne vis peut-être pas encore de mes romans. Mais je vis beaucoup par eux. Et plus le temps passe, plus je comprends que ce n’est pas un détail.



Il y en a un, pourtant, que je refuse de ranger dans un tiroir

Et puis il y a mon manuscrit déjà terminé Demain, j’apprends à danser. Celui-là occupe une place un peu particulière.

Je vous en ai déjà parlé ici. Je l’ai repris, retravaillé, corrigé, resserré en juillet, avant mes vacances. Je lui ai même trouvé un autre titre (je vous le dévoilerai plus tard). J’ai questionné certaines scènes, renforcé d’autres, fait ce travail parfois assez ingrat qui consiste à regarder une histoire qu’on aime et à accepter malgré tout de lui dire :

« Toi, tu peux faire mieux. »

Et pourtant, ce roman a déjà reçu une reconnaissance qui compte énormément pour moi : il a été sélectionné parmi les 10 finalistes du concours « Roman de l’été » de City Éditions, l’une des grandes maisons françaises de littérature grand public.

Un Top 10. Sur 648 romans reçus. 

Rien que l’écrire me fait encore quelque chose.

Parmi tous les manuscrits reçus, cette histoire a donc suffisamment retenu l’attention d’un comité éditorial pour arriver jusque-là. Et même si le principe du concours était simple, un seul roman, celui du lauréat, obtenait un contrat d’édition, cette sélection m’a confortée dans une intuition que je n’arrive décidément pas à abandonner :

ce texte a quelque chose.

Et depuis, malgré plusieurs envois, Demain, j’apprends à danser n’a toujours pas trouvé son partenaire.  

Je dois vous avouer que je ne comprends pas complètement pourquoi. Et ce n’est pas très confortable à écrire. Parce qu’il existe une frontière minuscule entre croire en son travail et donner l’impression d’être cette personne qui oblige toute la tablée à regarder les 487 photos de son enfant en affirmant qu’il est objectivement exceptionnel. Mais tant pis. Sur celui-là, j’ose le dire :

j’y crois.

Vraiment.

Ma toute première bêta-lectrice professionnelle, que j’avais rémunérée pour me faire un retour sans complaisance sur le manuscrit terminé, m’avait envoyé un message auquel je repense encore aujourd’hui. Elle m’avait remerciée pour cette lecture. Elle m’avait parlé de rires, mais également d’une forme de prise de conscience provoquée par l’histoire. Et je crois que c’est exactement ce que j’aimerais réussir à faire avec mes romans. Vous faire sourire. Vous offrir quelques heures loin du bruit. Et puis, peut-être, déposer discrètement une petite graine quelque part. Pas forcément une grande révélation qui bouleverse toute une existence avant le chapitre 32. Juste quelque chose qui reste, une fois le livre refermé.


Ma rentrée ne ressemble donc pas du tout à ce que j’avais prévu


Je pensais revenir avec un Projet 1949 presque terminé. Je reviens avec zéro nouvelle page. Quelques notes prises à la va-vite. Beaucoup trop de romans en cours. Un manuscrit auquel je refuse de cesser de croire. Et une envie d’écrire qui prend décidément beaucoup de place. Finalement, ce n’est peut-être pas une si mauvaise rentrée. 

Parce que septembre nous pose souvent la même question :

Qu’est-ce qu’on va faire cette année ?

Mais j’en préfère une autre.

Qu’est-ce qu’on a vraiment envie de faire de nos journées ?

Pas forcément demain. Pas forcément à plein temps. Pas forcément en envoyant valser tout ce qu’on a construit jusque-là.

Simplement : qu’est-ce qui nous fait suffisamment vibrer pour qu’on ait envie de lui faire un peu plus de place ?

Moi, je crois que j’ai ma réponse. Maintenant, il ne me reste plus qu’à ouvrir l’ordinateur.

Et, cette fois, éviter le site d’Air France.


Je vous embrasse, entre deux pages, et on se retrouve ici en juillet ! 

Ode Hélie

Instagram : @Ode_helie




Pour recevoir la newsletter directement sur ta boîte mail, chaque mois, c'est par ici :




Mon petit baume du mois :

Rentrer avec des projets plein la tête, ouvrir les fenêtres sur un air déjà un peu plus frais et retrouver cette drôle d’excitation des cahiers neufs : celle qui nous laisse croire, chaque mois de septembre, qu’on peut encore décider de la suite.



Commentaires


bottom of page